26 avril 2013

Rapport de l'atelier du syndicat IJABA au Forum Social Mondial: Démocratisation de l’Université tunisienne

 Texte du Dr. Najiba Regaïeg

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L'Union des Enseignants Universitaires Chercheurs Tunisiens : IJABA
participe au Forum Social Mondial
Tunis 28 mars 2013

Rapport du premier atelier : démocratisation de l’Université tunisienne et solutions proposées 


Les travaux de cet atelier ont eu lieu entre 9h 30 et midi.
L’assistance n’était pas nombreuse au début, mais, vers la fin, le nombre de participants a atteint presque 30 personnes.
Cet atelier a été animé par Mme Najiba Regaïeg (Maître-assistant au département de français de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse) qui a jugé bon de faire participer tous les collègues et les étudiants présents pour avoir une idée de l’intérêt qu’ils portent à la problématique proposée et sonder leur vision de la démocratie à l’Université Tunisienne. L’échange avec les collègues et étudiants de pays comme la France, l’Angleterre et le Tchad a particulièrement été enrichissant et fructueux.
Le débat a porté sur trois questions essentielles en rapport avec la démocratie à l’Université : élections des structures de gestion des Institutions Universitaires et des Universités, élections des syndicats des étudiants, démocratie syndicale pour les enseignants-chercheurs.
Après avoir présenté la nouvelle structure syndicale IJABA, les membres de ce syndicat ont parlé des circonstances de la création de cette structure, circonstances liées justement à l’absence de démocratie à l’Université. Cette absence de démocratie a été appuyée par la circulaire 29 qui, bien qu’elle ait stipulé la nécessité d’élire les Directeurs et les Conseils Scientifiques des Instituts Supérieurs ainsi que les Conseils des Universités, a maintenu les élections par listes et a ignoré la revendication de la majorité des collègues qui avaient exigé des élections directes. Un nombre d’Universitaires ont protesté contre cette circulaire de la honte. Après s’être rencontrés, à plusieurs reprises, lors des sit-in devant le Ministère, ils ont décidé de créer cette structure qui a vu le jour en novembre 2011. Deux ans après sa création, le syndicat compte un millier de collègues.
Le travail de ce syndicat est basée sur la démocratie participative qui implique toute la base des universitaires qui, convaincus de la justice des causes de leur syndicat, sont appelés à s’y impliquer exactement comme s’ils étaient des membres élus au bureau exécutif. Ce syndicat aspire à généraliser ce principe de la démocratie participative à toutes les structures de l’Université et ceci ne peut être réalisé qu’à travers des élections directes, élections directes conditionnées par la révision profonde du Statut de l’Universitaire qui doit être unifié en un seul corps postdoctoral (le passage de grade de Maître de Conférences au grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur devra se faire selon des critères transparents, objectifs et justes). Ces deux points, très importants pour la démocratisation de l’Université, ont été inscrits dans le projet de réforme de IJABA qui, présenté depuis longtemps au Ministère, n’a pas encore trouvé le moindre intérêt.
L’absence de démocratie à l’Université est également liée à la nature seulement consultative des Conseils Scientifiques qui ne participent pas réellement dans les décisions importantes liées à l’enseignement, à la nature des examens et surtout aux réformes consécutives du système de l’enseignement. La conséquence immédiate de cette attitude nuisible à l’Université est de faire des Universitaires de simples fonctionnaires appliquant des directives venant d’on ne sait où (pas forcément du Gouvernement ou de l’Etat). Par exemple, si nous observons l’application du système LMD chez nous, nous comprenons tout de suite que des pressions étrangères étaient derrière cette mauvaise application qui a fait chuter le niveau de nos étudiants. Une autre conséquence découle de cette absence de démocratie : la mauvaise gestion des ressources humaines et financières de l’Université.
Ensuite, certains étudiants ont intervenu pour parler de l’absence d’implication des étudiants dans les décisions prises pour déterminer leur avenir. Cette absence d’implication n’est pas seulement due à la nature consultative du Conseil Scientifique mais aussi et surtout à l’attitude du Ministère qui non seulement décide de la date à laquelle les élections auront lieu mais aussi n’en informe les étudiants qu’une semaine avant la date choisie. Néanmoins, d’après Seifeddine Akkari, représentant de l’UGET, les élections de cette année étaient, malgré quelques problèmes, mieux organisées et plus démocratiques que celles des années précédentes.
Le débat a ensuite abordé la question de la politisation excessive de l’Université et l’absence de transparence et d’objectivité dans la façon avec laquelle les questions posées dans les Institutions sont traitées. Tous les intervenants étaient d’accord sur la fait que si la politique est nécessaire et même souhaitée à l’Université, elle ne devrait pas se transformer en fanatisme partisan qui éloignerait aussi bien l’étudiant que l’enseignant de leurs objectifs d’assurer un bon déroulement des cours et d’améliorer le niveau scientifique de l’Institution.
L’absence de liberté et de pluralisme syndical a aussi occupé une partie du débat. Certains collègues ont pointé du doigt le refus de la FGESRS (Fédération intégrée depuis la fondation de l’Université tunisienne à l’UGTT) de reconnaître le jeune syndicat IJABA qui ne partage pas sa façon de traiter les problématiques posées et sa vision de l’avenir de notre Université. En témoigne l’accord du 20 avril 2012 qu’elle a signé avec le Ministère et qui stipule que la FGESRS sera le seul vis-à-vis du Ministère à la fois pour les futures réformes et pour les négociations salariales, autant dire que l’ainé des deux syndicats s’arroge le droit de parler au nom de tous les Universitaires y compris les adhérents de IJABA qui ont déjà constaté ses multiples trahisons et la plus importante et la plus grave est bien sûr la signature de la circulaire 29, circulaire consacrant l’assujettissement de tout le corps enseignant universitaire. Constatant que près de 80% des universitaires ne sont pas affiliés à un syndicat, IJABA appelle tous les collègues à réfléchir sérieusement à la nécessité de s’inscrire dans un syndicat ou dans l’autre pour militer de l’intérieur de chaque structure pour la vision que chacun d’eux a de l’avenir de l’Université Tunisienne.
Et il semble que des décennies de tyrannie et de répression ont fait perdre au citoyen tunisien et surtout aux universitaires leur confiance en un avenir meilleur. Car il va sans dire que le RCD n’était pas seulement un parti, il était aussi tout un système de corruption dans lequel se sont inscrits même des collègues non RCDistes. Ceux là ont perdu leur liberté et jusqu’à leur sens de l’existence. Ceux, par contre, qui ont toujours refusé d’intégrer ce système et qui ont toujours lutté contre toutes sortes de corruption, ont payé les frais de leur acharnement à dire non. Certains sont fatigués de toujours ramer contre le courant, d’autres ont été cassés mais toutes ces épreuves ne les dissuaderont pas de poursuivre la lutte pour une Université meilleure, une Université compétitive. Car, la situation actuelle de l’Université publique est préoccupante. Victime à la fois de la concurrence des Universités privées et de la mauvaise gestion de ses ressources matérielles et humaines, elle est en passe de connaître le même sort que les hôpitaux publics délaissés depuis longtemps par l’Etat.
Les approches comparatives avec d’autres pays dans le domaine de l’Enseignement Supérieur ont été fructueuses. Nos invités de France et de Grande Bretagne ont affirmé que la situation chez eux est meilleure même si l’Université dans ces deux pays a besoin de réformes structurelles profondes. La comparaison avec l’exemple tchadien n’a pas révélé, par contre, beaucoup de différences par rapport à notre réalité. Cet échange avec des invités d’autres pays frères ou amis a été très apprécié par les membres et les affiliés de IJABA qui y ont vu une occasion de faire connaître notre syndicat dans le monde et de faire prendre conscience aux enseignants et étudiants d’autres pays de la réalité de la scène universitaire tunisienne.


Pour le syndicat IJABA
Najiba Regaïeg
Membre du bureau de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse

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