29 avril 2013

Rapport de l'atelier du syndicat IJABA au Forum Social Mondial (Mars 2013): Recherche et Société

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Séminaire : Recherche et société

Animée par : Pr. Ahmed Rebai 

chercheur au Centre de Biotechnologie de Sfax,
Membre du bureau exécutif du syndicat IJABA, chargé de la recherche scientifique


Le débat a été fait suivant le plan suivant où chaque point a été discuté pendant une durée précise :
  • Faire le constat de l’état des lieux en matière de relation entre recherche scientifique et la société, représentée par les groupes sociaux (société civile, groupe d’intérêt, autorités élues locales et régionales,..)
  • Identifier les besoins et le type de demandes potentielles  de la part de la société 
  • Discuter les mécanismes et les structures d’interface susceptibles de rapprocher la recherche scientifique de la demande sociale.
 
Constat et état des lieux
En Tunisie comme dans de nombreux pays il existe un décalage net entre les priorités des institutions scientifiques de recherche et les besoins exprimés dans la société, notamment dans les disciplines de sciences expérimentales. Ceci peut s’expliquer par l’absence de groupes sociaux qui s’adressent aux scientifiques et expriment des besoins, sollicitent des expertises ou posent des questions aux chercheurs sur des questions qui touchent la société : environnement, santé, alimentation, aménagement du territoire, …  
Un des facteurs qui ont fortement contribué à cet état en Tunisie est  l’étranglement de l’activité de la société civile depuis  décennies et notamment sous le régime de BenAli.  Après la révolution et en cette période de transition démocratique,  la domination du politique a entravé le tissage de lien entre la société civile et les chercheurs, notamment avec un média encore peu professionnel et qui « manipulerait » l’expertise savante simplement pour servir des agendas politiques et non pour aider à la valoriser au profit de la société. 
Du côté recherche, l’absence de vision stratégique de l’Etat en matière de recherche, de programmes et projets prioritaires en relation avec la demande sociale (mauvaise connaissances des besoins) ainsi que le manque de conscience des chercheurs en termes de leur imputabilité sociale (faut-il rappeler  qu’ils sont payés par le contribuable et sont tenus de rendre service à la société). De même, l’absence de méga-structures (Centres de recherche d‘excellence) avec une visibilité nationale et internationale serait un facteur expliquant la grande faiblesse des liens entre société et monde de la recherche. Les universitaires assument aussi une responsabilité dans le sens où la majorité est indifférente aux débats qui sont lancés par la société civile sur les objectifs de la formation (forme-t-on des simples diplômés sans compétences ?), le rôle du formateur, ce qui n’a pas permit de créer une dynamique au sein des universités et des structures de recherche.  
Certains collègues ont mis l’accent sur la responsabilité dominante de l’Etat qui n’a pas su mettre en place un système de recherche qui développent la recherche comme une vocation et non comme une profession attirante simplement par le salaire ; en effet, les laboratoire et unité de recherche ont été crées dans  l’objectif  d’absorber le flux d’étudiants issues de multiples mastères qui ont été mis en place pour retarder le chômage des diplômés du supérieur. 
Ces structures, créés sans une réelle évaluation (notamment conformité des projets de recherche aux besoins nationaux), gèrent mal les compétences qui s’y trouvent et  encourage un système de « mandarinat » gérée par les anciens qui gère les laboratoires comme une affaire familiale et écrasent le sens de l’innovation et la créativité chez les jeunes chercheurs (transformés souvent en simples techniciens pour exécuter les visions du chef !). L’absence d’un code de déontologie dans la recherche en Tunisie est dans ce sens très significatif. 
Il est indispensable de rendre sa place au chercheur qui doit être dans la locomotive du train de développement  et non dans les derniers wagons.  
Types de demande
Il existe trois principaux types de demande envers la recherche et émanant des groupes sociaux.
La Vulgarisation : on demande aux chercheurs de diffuser les connaissances qu’ils ont produit ou les découvertes et les inventions faites par eux, dans un langage accessible au grand public. En effet, beaucoup de travaux de recherche qui ont débouché sur des résultats ayant un impact sur la société (ou spécifiquement à certains  groupes sociaux) restent inaccessibles à ceux-ci par manque d’effort de diffusion. 
Il a été dit à cet égard que le manque d’effort par le chercheur pour vulgariser ses travaux est lié à une culture d’auto-exclusion des chercheurs du tissu social, qui a été transmise (et perpétué) par une formation « orthodoxe » axée sur la technicité et orientée à former des « spécialistes » mais pas des citoyens conscients de leur rôle dans la société. Ainsi, ces chercheurs ont des difficultés à communiquer entre eux, même au sein de la même structure, que dire alors de la communication avec la société.
Certains présents ont évoqué le rôle du Lobby international sur la recherche qui a fait (et continue de faire) que nos chercheurs ne travaillent pas suffisamment, voire peu, sur des thématiques qui touchent directement notre société et les besoins du pays, concrétisant ainsi un néo-colonialisme scientifique. Ils pensent qu’il est temps que la société libère ses chercheurs de ce lobby en faisant pression sur l’état qui doit financer uniquement les projets de recherche répondant à des besoins réels de la société. L’absence
Expertise : il s’agit d’appeler un chercheur à appliquer un savoir ou une compétence à une situation particulière : technique, juridique, médicale, … Cette activité demande un autre type de communication car l’échange d’informations s’articulent autour d’un problème concret et la formulation d’un diagnostic ou de conseils. 
C’est en fait un domaine où il existe une demande forte pendant cette période, notamment sur les chercheurs dans les spécialités des sciences juridiques (rédaction de la constitution), économiques (situation économique délicate) et sociales (problèmes sociaux,..).  La demande d’expertise sur les domaines des sciences exactes provient lui essentiellement des entreprises industrielles ou de service (banques, assurances, télécommunications,..). Il convient d’encourager ce rapprochement en facilitant le cadre juridique de l’exploitation de l’expertise des chercheurs par les groupes sociaux et avoir une base de données nationale des experts  accessibles au public. 
Recherche : concerne la partie de la demande des groupes sociaux qui nécessite d’élaborer des connaissances scientifiques ou de mettre au point des méthodes qui ne sont pas disponibles telles quelles. Les demandes qui présentent un caractère pointu, original ou récurrent méritent d’être considérées comme des problématiques de recherche potentielles. Les sujets  bien ciblés sur le plan scientifique et ancré dans une situation sociale urgente (partie du problème) peut constituer des projets de recherche interdisciplinaire par exemple l’épidémiologie des troubles de la santé liés à l’environnement autour des sites polluants (zones industrielles, décharge,..). 
De même on peut identifier des demandes formulées par les groupes sociaux qui peuvent constituer des sujets de recherche à l’intérieur de domaines existants comme par exemple l’utilisation rationnelle de l’énergie. Enfin, il existe des problèmes « récurrent s» qui n’ont pas été soulevés ou résolus par la recherche c'est-à-dire des interrogations qui sont posés tout le temps par différents groupes sociaux mais auxquelles les chercheurs n’ont pas trouvé de réponses et il convient d’orienter les priorités ou les moyens de recherche  vers ces sujets les exemples type sont les  risques liés aux produits cancérigènes et le potentiel d’utilisation de l’énergie solaire.
  • Mécanismes et structures d’interface
Il existe trois principaux types de structures d’interface qui peuvent aider à rapprocher la recherche de la demande sociale.
  •  Les Interfaces structurées  sont institution qui ont pour rôle la médiation entre chercheurs et groupes sociaux. Cela peut être des fondations, des associations, des centres de recherche conjoints entre plusieurs partenaires (syndicats, autorités locales ou régionales, chambre de commerce). Ils nécessité d’avoir des personnes ayant une expérience de travail avec des groupes cibles (travailleurs, associations de consommateurs, écologistes,..) pour la détection précoces des demandes sociales formulés par ceux-là. 
  • Structures WG (Working Groups): il s’agit de réseaux et de groupes de travail qui organisent des discussions, séminaires, forum, autour d’un problème précis, ponctuel ou nécessitant des activités sur le long terme. Les WG peuvent aboutir à l’élaboration de projets de recherche dont ils confient ensuite la réalisation aux chercheurs  avec la possibilité de les « accompagner » dans leurs travaux. 
  • Structures circonstancielles : un événement particulier (accident écologique, débat politique régional,..) génère une question dans la population dont une partie de la réponse nécessité la réalisation de recherches qui peuvent exiger la création de structures stables à long terme, qui contribuent à entretenir l’évènement  par des débats public sur des enjeux scientifiques et techniques lié à cet événement. 
A cet égard certains collègues pensent qu’on n’est pas encore à ce stade et qu’il ne fallait pas aller trop vite. Il y a  déjà beaucoup de choses à faire au niveau de la restructuration du système national de la recherche ainsi qu’au niveau de la diffusion des résultats de la recherche. Il est toutefois important de réfléchir sur certains mécanismes qui aident à développer les capacités de médiation  chez le chercheur afin qu’il prenne conscience de son imputabilité sociale et pour l’encourager à assumer ses responsabilités envers la société:
  • Mettre en valeur dans la formation des chercheurs les compétences et les méthodes requises pour mener une recherche-action
  • Intégrer des taches de vulgarisation et de communication dans le contenu du travail des chercheurs  et valoriser ces taches dans la carrière scientifique. 
  • Permettre la mobilité des chercheurs et étudiants vers les structures « sociales ».
De même il est convenable de commencer à faire des actions de sensibilisation (par des séminaires) et  d’incitation du côté de la société comme par exemple :
  • Encourager la formation et la sensibilisation des groupes sociaux aux questions de recherche et de développement dans leur domaine d’activités spécifiques
  • Faire siéger des représentants de groupe sociaux (syndicats, consommateurs,..) dans les conseils et comités dont la tâche est d’émettre des avis sur les orientations de la recherche.
  • Aider les groupes sociaux à développer une conception de la recherche comme une solution à des problèmes concrets dans leurs activités et aussi un enjeu en soi dans leurs objectifs.
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ahmedfsm

 
 

 


Commentaires sur Rapport de l'atelier du syndicat IJABA au Forum Social Mondial (Mars 2013): Recherche et Société

    أنتم مستقبل الجامعات والأساتذة الجامعيين ونحن كلنا معكم وندعم نشاطكم

    Posté par BelgHat, 08 mars 2015 à 09:08 | | Répondre
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