23 octobre 2014

Les Pensée d'une Tunisienne qui a Peur Pour son Pays et la Question du Vote

Je faisais partie de la première promotion du département d’anglais à la Faculté des Lettres de Sousse en 1990 alors qu’elle faisait partie de la dernière promotion de l’Ecole Normale de Sousse. Nous avions partagé les mêmes locaux et les mêmes enseignants. Nous n’étions pas nombreux alors on se connaissait tous même si je n’avais pas l’occasion de lui parler en direct. On se côtoyait dans les couloirs ou la bibliothèque ou dans le stage linguistique à Manchester en 1993, elle était sérieuse, bosseuse et souriante.

Elle s’appelle Ahlem Ammar, une brillante citoyenne tunisienne résidante au Canada Professeure à la faculté de l'éducation de l'Université de Montréal et lauréate du Prix d'excellence en enseignement de la faculté de l'éducation (2013-2014). Hormis sa brillante carrière en tant qu’universitaire, ses efforts incessants en matière de la réforme de l’éducation en Tunisie et les articles qu’elles publient dans la presse numérique, elle vient de rédiger un texte sincère et très honnête témoignant d’une génération de jeunes intrinsèquement démocrates mais malheureusement toujours suffoquée par la mainmise de l’oligarchie bienpensante sur les rouages de la réflexion et la réforme. Même s'il existe queles légères différences entre son point de vue et le mien comme mon article intitulé Votons Libres, votons Courage le démontre, je partage avec plaisir ce qu’elle a écrit parce que son texte dégage force, beauté et surtout beaucoup de patriotisme et de sincérité.  Bravo Ahlem et bonne lecture :

« Les pensées d'une tunisienne qui a peur pour son pays. Le moment est grave et la tension est palpable. Les gens ne savent plus quoi faire et pour qui voter. Beaucoup de gens savent qu'ils n'iront pas voter et c'est en grande partie notre faute. Oui c'est notre faute car on est des intimidateurs "bullies". On leur demande de voter et on leur impose indirectement le vote, ce qui va à l'encontre du principe de vote. Rappelons-nous que voter veut dire manifester une volonté et exprimer une opinion. Rappelons-nous maintenant tout ce qui se dit. "Votez utile. Votez intelligent. C'est de la traitrise de voter intelligent. Ce n'est pas le moment de voter intelligent. Voter utile maintenant pour garantir la chance de voter intelligent après". Arrêtons ce cirque. C'est le temps de s'unir. Tout le monde doit aller voter en sachant quelques règles de base. Aucun parti n'est digne de notre vote à cause de ses souffrances personnelles. Une règle d'or: toute personne qui accepte d'embarquer en politique doit accepter les conséquences de ses choix et ne doit pas nous écœurer avec ses histoires de torture. Tout parti politique qui se présente ne doit pas mériter la confiance des électeurs car il a su les manipuler psychologiquement (ex. en leur faisant peur). J'ai 44 ans et je n'ai voté qu'une seule fois, en 2011, et vous savez tous pourquoi j'ai attendu tant que ça. J'ai attendu car ma voix n'avait pas d'importance et parce que le processus n'était pas démocratique. Maintenant qu'on a les premiers signes de la démocratie, profitons et libérons nous de nos peurs. Arrêtons de dire je vais voter Nida mais mon cœur est avec L'UPT ou Afek ou je ne sais pas quoi. Je ne comprends pas ce qu'il y a de logique dans ce genre de raisonnement. Je ne vois que la peur, l'hypocrisie qu'on déteste tous et l'autodestruction. Une chose est certaine, la démocratie n'attend pas. Si on n'envoie pas de signes clairs à tous les partis pour leur montrer qu'on veut continuer d'exercer notre droit de choisir entre plus qu’un ou deux partis, on fait deux choses graves.

1) on encourage les grands à nous envahir et

2) on cause la mort prématurée des partis qu'on admire maintenant mais qu'on met en réanimation par peur.

Voilà comment je vois les choses et voilà pourquoi je compte jouir de ma liberté de choisir entre plus que 2 partis politiques. Je le fais pour choisir le parti qui représente mes valeurs (le principe de tout vote). Je le fais pour remercier les autres partis qui m'ont donné cette chance et pour les récompenser pour le beau travail qu'ils sont en train de faire. Vous n'avez qu'à regarder les programmes électoraux pour comprendre ce que je dis. Les grands ont présenté des programmes maigres parce qu'ils savent très bien qu'ils n'avaient pas à se casser la tête avec ça et ils osent nous le dire dans la face "ce n'est pas un combat de programmes. C'est un combat sociétal". Les autres se sont creusé les méninges pour nous fournir des programmes dignes de l'intelligence tunisienne mais on leur flanque la porte au nez en leur disant on votera pour vous la prochaine fois. Êtes-vous certains qu'ils seront là la prochaine fois si on décide de les gifler cette fois ci? Je ne suis pas certaine. Alors soyons sages et surtout soyons unis dans nos choix. Le plus important, arrêtons d'intimider les électeurs. »

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